Titre : La mâle-mort entre les dents
Auteur : Fabienne Juhel
Éditeur : Bruno Doucey
Nombre de pages : 288
Date de parution : 2 janvier 2020

 

En 1870, Gambetta charge le nouveau préfet de police, le comte Émile de Keratry, de lever une armée de Bretagne pour combattre les Prussiens aux portes de Paris. Mais la nouvelle république laisse ces hommes croupir dans la boue d’un camp près du Mans, sans armes et sans instruction militaire.

Le gouvernement se méfiant de l’esprit chouan des Bretons préférait maintenir ces hommes inactifs et prisonniers plutôt que de risquer une insurrection.

La Pastorale de Conlie, long poème de Tristan Corbière témoigne des conditions déplorables de vie de ces soldats dont son beau-frère, Aimé Vacher.

Fabienne Juhel imagine que Tristan Corbière,  poète fantasque réformé s’est introduit dans l’armée de Bretagne aux côtés de son beau-frère pour témoigner en tant que journaliste poétique, correspondant de guerre sur le terrain.

 » Tu voudrais, toi, le poète,que l’on sente la vermine grouiller entre les syllabes. Que l’on voie l’ergot de mort fleurir dans les bouches, la mâle-mort entre les dents. Tu voudrais des mots qu’ont de la gueule.
Mots crus, vécus, poussés vent debout.
Paroles de soldats dans leur trou de boue. Paroles d’indigènes bretons. Borborygmes de soudards d’une République qui ne leur fait pas confiance
. »

Fabienne Juhel s’empare d’un personnage historique, lui donne une aura, l’installe dans un contexte brillamment illustré. Dans La chaise numéro 14,  elle élève une jeune femme, une tondue au rang d’héroïne. Avec La femme murée, elle nous laisse découvrir une incroyable artiste, unique en son genre. Ici, elle déniche un poète rebelle, à l’humour incisif pour mettre en avant un morceau d’histoire étonnant et méconnu.

Grâce à cette auteure, j’ai une fois de plus découvert un personnage et un environnement. Tous deux étonnants! Le poète maudit à l’ironie cinglante, mort prématurément sans connaître le succès, donne un ton vif et ironique au récit de cet événement. Et je ne connaissais pas cet épisode de la guerre de 1870.

Quelques lettres de Camille Dufour à Tristan Corbière évoque aussi la misère du peuple parisien affamé, contraint de manger pigeons, rats et animaux du Jardin des Plantes.

Dans un style riche, alerte, poétique, Fabienne Juhel partage l’ironie du poète et donne rythme et passion à cette page honteuse de notre histoire.

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

10 mars 2020 à 14 h 14 min

Je connaissais la malemort. Me voilà intriguée par ce titre.



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