Titre : Serge

Auteur : Yasmina Reza

Editeur : Flammarion

Nombre de pages : 240

Date de parution : 6 janvier 2021

 

Fresque familiale racontée par Jean, le cadet de la famille Popper. Une famille comme beaucoup d’autres avec ses joies et ses peines, sa fraternité et ses rivalités. Peut-être un peu plus marquée par ses racines juives.

On n’a jamais pensé qu’on devait s’embarrasser de l’histoire familiale. D’un autre côté, mes parents eux-mêmes n’imposaient-ils pas le silence sans le dire? Toutes ces histoires dépassées, qui les voulait?

Edgar Popper, le père, peut-être. Lui seul était un passionné d’Israël, accusant même parfois sa femme , Marta, juive hongroise, d’antisémitisme parce qu’elle ne vouait pas la même passion au pays.

Marta tenait avant tout à sa famille. Anne, dite Nana, est la fille aînée. Si belle et pleine de promesses, ses frères la voient aujourd’hui diminuée par sa mésalliance avec Ramos, un ouvrier gauchiste espagnol. Mais n’a-t-elle pas réussi mieux que Serge, cet égocentrique qui se vante de belles relations mais ne peut construire un couple durable. Ou même que Jean, le narrateur, incapable de se mettre en couple malgré son attachement à Luc, le fils de son ex-compagne, un petit garçon attachant, timide et différent.

Joséphine, la fille de Serge et de sa première femme, réunit la fratrie pour un voyage à Auschwitz, un devoir de mémoire sur la tombe de la famille hongroise maternelle.

Ils étaient morts parce que juifs, ils avaient connu le sort funeste d’un peuple dont nous portions l’héritage et dans un monde ivre du mot mémoire il paraissait déraisonnable de s’en laver les mains.

Comment se comporter sur ce lieu empreint d’histoire, de souffrance, de mort? La juxtaposition de « vacanciers » en shorts colorés prenant des photos sur les lieux paraît malsaine. Tout ça pour le souvenir, mais cela empêchera-t-il d’autres massacres? L’actualité ne semble pas aller dans ce sens.

Nana et Joséphine sont émues, elles veulent tout voir, tout supporter. Serge attend dehors, boude, à jamais soutenu par son frère soumis. Alors les rancoeurs explosent. Nana, exacerbée par les constantes moqueries de ses frères au sujet de son mari étranger, n’épargne pas Serge. Suite à une altercation entre Serge et le fils de Nana, cette dernière soulage son coeur en assénant à ses frères, et surtout à Serge tout ce qu’elle pense d’eux. Ce sont des moments forts du livre.

Le récit de Jean sur le temps présent autour des errements de Serge, de la vieillesse de leur oncle Maurice, de ce voyage à Auschwitz est entrecoupé de souvenirs qui éclairent le destin de cette famille. Yasmina Reza réussit un roman nostalgique et plein d’humour autour du lourd passé d’une famille juive. J’ai beaucoup aimé certains personnages secondaires comme le petit Luc ou le vieux Maurice. Ils sont tous deux très touchants, l’un dans sa fragilité et l’autre dans sa fin de vie supportée à coup de champagne et d’autres choses qu’il ne soupçonne pas.

Et puis, malgré les inévitables disputes, le sens de la famille l’emporte.

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

12 avril 2021 à 11 h 21 min

Si la bibliothèque l’a je le lirai mais je dois dire que son passage à LGL m’a profondément agacée et j’ai tenté il y a très longtemps de la lire et avec un souvenir de déception. Mais j’ai deux de ses livres chez moi (je ne me souviens même pas si je les ai lus, à l’époque je n’écrivais pas de chroniques) et je les ai ressortis après la LGL pour voir si définitivement elle ne me correspondait pas…. Avoir 🙂



    12 avril 2021 à 12 h 25 min

    Je ne l’avais pas encore lue. J’ai Heureux les heureux dans ma PAL. Ce roman, Serge, ne me semble pas pouvoir agacer. Encore faut-il que tu puisses oublier ton impression ressentie lors de son passage à LGL.



12 avril 2021 à 12 h 17 min

Moi aussi j’ai envie de découvrir les livres de Yasmina Reza. Son passage à l’émission de François Busnel était un peu particulier, mais je comprends qu’un auteur trouve difficile de parler de ses écrits à la télévision. J’ai envie de découvrir « Nulle part ».



12 avril 2021 à 14 h 04 min

idem pour moi, son passage à LGL m’a tellement agacée, que j’ai décidé de m’abstenir car je n’ai ps du tout apprécié ce qu’elle disait sur Auschwitz ou le devoir de mémoire…



12 avril 2021 à 16 h 10 min

Comme les autres j’ai détesté la prestation à la GL mais ta critique me redonne envie



12 avril 2021 à 18 h 58 min

Une autrice que je n’ai pas encore lu et, surtout, pas envie de découvrir



13 avril 2021 à 6 h 36 min

Oui tout dans ce roman rappelle l’importance de la famille. Tout à tour énervante et injuste, elle est quand-même le recours, nous dit Yasmina Reza, indispensable à l’équilibre de chacun. Et l’humour permet de supporter le tout ! Un moment de lecture que j’ai aussi bcp aimé !



13 avril 2021 à 13 h 44 min

Je préfère l’auteure dans ses pièces de théâtre, je trouve que ses romans manquent d’un je ne sais quoi.



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