Titre : A son image
Auteur : Jérôme Ferrari
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 219
Date de parution : août 2018

 

Le point de départ

En août 2013, sur le port de Calvi, Antonia aperçoit Dragan dans un groupe de la Légion étrangère. Elle a connu cet homme en 1991 à Belgrade. Il faisait son service militaire en Croatie. En photographe indépendante, elle prenait des photos de guerre. Ils ne s’étaient jamais revus. Après une soirée avec celui qui a marqué sa meilleure période de photographe, elle prend la route pour rejoindre le village de ses parents. Sur la route de l’Ostriconi, au détour d’un virage, sa voiture plonge dans un ravin.
Le récit dure le temps de la messe d’enterrement d’Antonia, dite par son parrain, un prêtre qui a rejoint le continent, las de voir mourir la jeunesse de son village. Il a toujours protégé Antonia. C’est lui qui lui a offert son premier appareil photo à quatorze ans, soutenant ainsi son voeu le plus cher, devenir photographe. Au fil des différentes périodes liturgiques, l’auteur alterne les flashbacks et les réflexions des proches d’Antonia.

Devenir photographe

Même avec un bon coup d’oeil, devenir photographe pour un grand journal n’est pas chose facile. Antonia travaille pour un journal local. Son métier se résume à prendre des photos de groupe en grand angle de rencontres anodines du village. Son seul frisson est de couvrir parfois des revendications du FLNC. Une organisation qu’elle connaît bien puisque son ami, Pascal B. et bon nombre de jeunes gens du village y appartiennent. Mais « être la femme de Pascal B. », attendre régulièrement sa libération quand il est en prison, photographier des jeunes gens fiers et inconscients ne la comblent pas. Alors, elle prend un congé sabbatique et part en Yougoslavie  en pleine désintégration. A son retour, elle ne développera même pas les photos des scènes de violence auxquelles elle a assisté. Désabusée, elle ne prendra plus que des photos de mariage.

Une jeune femme désabusée 

Prise dans un triangle amoureux entre Pascal et Simon, craignant les conséquences des rivalités indépendantistes et déçue de ne pouvoir exercer son métier sur des zones de guerre, Antonia a perdu sa fougue. A trente-huit ans, en photographiant le bonheur des mariés, elle n’a en elle-même que des regrets et des souvenirs de mort.

L’image

il n’y avait au fond que deux catégories de photos professionnelles, celles qui n’auraient pas dû exister et celles qui méritaient de disparaître, si bien que l’existence de la photographie était évidemment injustifiable..

Devenir photographe de guerre. L’ambition d’Antonia ouvre une réflexion sur le message de l’image. La photographie est-elle encore un art quand elle expose la mort et la violence du monde. Jérôme Ferrari enrichit sa fiction des travaux de photographes comme Gaston C. ( Gaston Chérau), écrivain et  journaliste sur le front des Balkans en 1915 ou Rista M.( Rista Marjanovic) qui immortalisa la photo d’un réfugié cadavérique.
La terre de Corse, « pays qui voue un culte aux assassins » déplore Antonia et la religion, symbolisée ici par le parrain de la jeune fille sont ici aussi très présentes.

Un roman lancinant

Ce roman est sous le signe de la mort, avec celle du personnage principal mais aussi toutes les morts des guerres au travers des siècles et des lieux. Antonia sembla à la fois attirée et dévastée par ces images obscènes. Je me suis demandée comment une jeune femme sans expérience pouvait partir seule couvrir un conflit armé. Elle n’en avait pas le caractère. C’est peut-être ce qui l’a perdue.

J’en avais déjà fait l’expérience mais je peine aussi avec le style de l’auteur. Certaines phrases sont très longues. Les quelques récits sur des photographes disparus donnent un peu d’oxygène dans un roman pesant et sombre.

 

 

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

14 janvier 2022 à 16 h 25 min

j’ai eu du mal à me faire au style de Ferrari lors de ma première tentative aves le Sermon sur la chute de Rome. A l’occasion de nos vacances en corse j’ai lu A son image et je l’ai beaucoup aimé je suis retournée au Sermon et suis bien entrée dedans. Il fallait sans doute la Corse comme médiatrice!



18 janvier 2022 à 13 h 00 min

Ce n’est pas mon préféré de l’auteur, je l’avais trouvé un peu brouillon.



23 janvier 2022 à 12 h 32 min

Hum « pesant » ça ne fait pas très envie… Mais je trouve cette couverture magnifique. On ne sait jamais si je le trouve quand même en bouquinerie par exemple…



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