Titre : Sambre
Auteur : Alice Géraud
Editeur : JC Lattès 
Nombre de pages : 400
Date de parution : 11 janvier 2023

 

Une longue route de l’horreur

Avec une entrée théâtrale lors du procès en juin 2022 du violeur de la Sambre, Alice Géraud met l’accent sur l’horreur des faits jugés et le désarroi des victimes.
De 1986 à 2018, une soixantaine de femmes ont été victimes d’agressions sexuelles ou de viols dans un périmètre de 27 kilomètres carrés autour de la D959 allant d’Aulnoye-Aymeries à Jeumont. Comment un homme déjà identifié comme un pervers par ses belles-sœurs, fréquentant les commissariats de police où son portrait robot est affiché a-t-il pu sévir aussi longtemps sur une aussi petite zone sans être inquiété ?
Alice Géraud enchaîne les récits de ces agressions. Des femmes, des adolescentes, sur la route, dans un gymnase, chez elles. Toujours le même rituel. Au petit matin, le violeur arrive derrière sa victime, passe un lien autour de leur cou. Il les entraîne à l’écart, les menace, leur caresse les seins. Puis il les oblige à une fellation ou les viole.

Les femmes, sujet de ce récit

Pour l’auteur, l’objectif de ce récit est de montrer comment la société fait peu de cas du sort des victimes d’agressions sexuelles. Victimes suspectées, contraintes de raconter les details de leur vie privée, de se justifier, de répéter sans cesse leur récit. Plaintes non enregistrées, récits expurgés de la dimension sexuelle, acharnement contre des adolescentes.
Dans les années 90, il n’y a aucune synergie entre les commissariats de police, les gendarmeries, pas de fichiers et une méconnaissance de la réforme du code pénal.

Une région en déclin

Nous sommes dans le Nord de la France, haut-lieu de la sidérurgie en plein déclin. Le tribunal d’Avesnes-sur-Helpe, en charge du dossier, est un bâtiment en ruine où les juges, fraîchement sortis de l’école, n’attendent que leur départ.
Nous sommes aussi à une époque où toute communication sur le sujet est tabou. La maire de Maubeuge en fera les frais.
Alors, qui aura le courage d’entendre les voix de ces femmes dont les vies furent brisées à l’issue de ce viol et suite au regard des autorités.

Je découvre des biographies sculptées par la peur. Des existences contrariées qui, comme les arbres après avoir rencontré un obstacle, m’explique Émilie, repoussent ensuite tordus pour trouver la lumière.

Elles peuvent tout de même compter sur un capitaine de la police judiciaire de Lille, une archiviste consciencieuse, une maire concernée, la police et justice belge. Mais surtout sur elles-mêmes. Mais seules quelques unes prendront un avocat.

Ce livre m’a profondément touchée pour ces actes de violence impunis, pour ces femmes bafouées mais aussi et surtout parce que je suis née dans une de ces villes. Je visualise parfaitement les lieux pour les avoir habités jusque dans les années 80.

 

 

 

 

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

24 février 2023 à 15 h 19 min

Quel drame. Comme si les problèmes des hommes comptaient plus que les tragédies des femmes.



24 février 2023 à 17 h 23 min

C’est une histoire qui a fait grand bruit. J’ai été choquée, quand j’ai entendu parler de ça dans une émission. Comme, en plus, j’ai entendu parler de ce livre il y a peu (il est sorti récemment, non?), je suis contente de découvrir ce retour. J’ajoute « Sambre » d’Alice Géraud à ma liste, merci !



25 février 2023 à 11 h 28 min

ça met en rage, le peu de cas que fait la police de ces dépôts de plaintes, et que personne ne recoupe les témoignages. J’espère que maintenant, ça s’est un peu amélioré.



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