Titre : Les enfants Oppermann
Auteur : Lion Feuchtwanger
Littérature allemande
Titre original : Die geschwister Oppermann
Traducteur : Dominique Petit
Editeur : Métailié
Nombre de pages : 400
Date de parution : 17 février 2023

 

 

La montée du nazisme en trois actes

Sous l’oeil du grand-père Immanuel, fondateur des meubles Oppermann, nous suivons les membres de la famille Opperman pendant ma montée du totalitarisme à Berlin en 1932.
Gustav Oppermann est un écrivain cinquantenaire. Il vit dans une superbe villa familiale à l’ouest de Berlin, a une jeune maîtresse trentenaire. Et il va signer un contrat avec sa maison d’édition pour la biographie de Lessing. Il ne s’intéresse guère aux affaires des magasins de meuble dirigés par son frère, Martin.
Le troisième frère, Edgar Oppermann est un chirurgien réputé. Si leur soeur est assez inexistante, leur beau-frère, Jacques Lavendel fait partie du cercle décideur de l’avenir de la famille.
Alors que quelques difficultés commencent à surgir dans la gestion des magasins Oppermann, personne ne croit à la montée du mouvement nationaliste.
En trois actes, Lion Feuchtwanger montre l’évolution de la situation. Après la période de l’incrédulité, les doutes s’insinuent pour finalement faire place à la peur et à la réalité des faits.
Nous suivons la montée de l’antisémitisme avec les frères Oppermann dans leur secteur respectif. Mais aussi avec Berthold Oppermann, le fils de Martin, en proie avec un nouveau professeur ultra nationaliste au sein du lycée.

Témoigner

Un peuple parvenu à ce haut niveau technique et industriel ne tomberait pas du jour au lendemain dans la barbarie.

Les Oppermann aiment profondément leur métier et leur pays. Ils ne peuvent croire au pire. Quelques faits commencent toutefois à les faire douter.

Une époque débutait où ne comptaient plus le talent et la compétence, mais la prétendue appartenance à une race.

Lorsque Gustav signe un manifeste contre la barbarie, Arthur Mülheim lui conseille de quitter le pays.
Réfugié en Suisse, il écoute, sans parvenir à y croire, les témoignages de Bilfinger sur le nouveau droit allemand basé sur l’inégalité entre aryens et non-aryens.

Ils ont brisé le mètre étalon du monde civilisé.

Bilfinger l’implore d’exercer son talent d’observateur et sa réputation d’écrivain pour témoigner.

Un classique de la littérature allemande

Il ne t’incombe pas d’achever l’ouvrage mais tu n’es pas libre pour autant de t’y soustraire.

Lion Feuchtwanger ( 1884-1958) publie ce roman en 1933. Impossible de s’y soustraire, l’écrivain devait témoigner au plus vite des dangers de la domination des nazis. En créant les personnages de cette famille, il met le lecteur face aux tourments intellectuels et physiques du peuple juif dans l’Allemagne du chancelier Hitler.
Comme dans L’ami retrouvé de Fred Uhlman, nous sommes face au dilemme de l’homme juif allemand amoureux d’un pays qui le renie. Nous retrouvons aussi cette impossibilité de croire aux risques jusqu’à la preuve évidente des actes de barbarie.
Ce roman de Lion Feuchtwanger nous rappelle aussi comment une nation peut perdre tout humanité lorsqu’elle cède aux sirènes d’un dirigeant totalitaire.

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

Patrice
27 novembre 2023 à 21 h 22 min

Quel bonheur de lire ton billet ! J’ai lu ce livre il y a quelques mois avec un réel plaisir et j’ai retrouvé dans ta chronique tous ces aspects qui m’ont beaucoup plu. Oui, cette incrédulité semble incroyable a posteriori, mais ils ne pensaient en effet pas que l’Allemagne civilisée puisse sombrer si bas (la « décivilisation » mentionnée par le philosophe allemand Norbert Elias). J’aime également beaucoup cette citation : « Il ne t’incombe pas d’achever l’ouvrage mais tu n’es pas libre pour autant de t’y soustraire », qui est une maxime de vie.
Un grand merci pour cette participation aux Feuilles allemandes !



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