Titre : La mémoire délavée 

Auteur : Nathacha Appanah
Littérature mauricienne
Editeur : Mercure de France
Nombre de pages : 160
Date de parution : 31 août 2023

 

 

Hommage aux « engagés »

De génération en génération, la mémoire se délave. Si la mère de Nathacha Appanah se souvient de ses parents, elle peine à dater l’arrivée de ses ancêtres sur l’île Maurice. Afin de pallier aux limites de l’oralité, l’auteur enquête. Aux archives de l’immigration indienne à l’institut Mahatma Gandhi de l’île Maurice, elle retrouve trois fiches correspondant à ses trisaïeuls et leur fils, son arrière-arrière-grand-père.
Je découvre alors l’engagisme mis en place en 1830 par les Européens. L’objectif était de convaincre les pauvres naïfs de pays colonisés à aller travailler vers des pays sources de richesse afin de remplacer les esclaves noirs. Les ancêtres de Nathacha, colons indiens de Rangapalle, arrivent à l’île Maurice en 1872.

Tant qu’il y aura des mers, tant qu’il y aura de la misère, tant qu’il y aura des dominants et des dominés, j’ai l’impression qu’il y aura toujours des bateaux pour transporter les hommes qui rêvent d’un horizon meilleur.

Après l’évocation du destin de son arrière-grand-père, né en 1888 à Camp Chevreau, l’auteur évoque surtout la vie de son grand-père, né en 1911. C’est l’occasion de voir collent les coolies indiens tentaient de conserver leurs langues, leurs rites sous le joug des dominants,

Mes grands-parents paternels étaient à part. Ce n’était pas une question d’argent, d’éducation, d’instruction ou de culture. Ils formaient à eux deux un monde oublié – une bulle identitaire, sociale et culturelle qui était issue de la plantation, et leur arrachement de ce monde-là a été brutal et sans transition.

Un hommage sublimé

L’excellence du style de Nathacha Appanah n’est plus à démontrer. De plus,  pour parler de son enfance, creuset de son inspiration, elle fait preuve de beaucoup de tendresse, de sensibilité et de respect.

Sans eux, sans leur bref passage ici-même, tout ça, ces mots, ces histoires, cette force et cette faiblesse, n’existeraient pas.

Ce superbe recueil regroupe aussi des photos, souvenirs des lieux, de la famille. Et de superbes photos de figures crées par les oiseaux migrateurs. C’est un parallèle poétique avec les migrations humaines.

Ils sont nés pour voler et survivre, le sens de leur existence est contenu dans ces deux verbes.

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

1 novembre 2023 à 9 h 41 min

Comme ce livre m’a touchée…



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