Titre : Près de la mer
Auteur : Abdulrazak Gurnah 
Littérature africaine
Titre original : By the sea
Traducteur : Sylvette Gleize
Editeur : Galaade
Nombre de pages : 313
Date de parution : 2006

 

Un exil tardif

Saleh Omar a soixante-cinq ans quand il fuit Zanzibar pour demander l’asile à l’Angleterre sous le nom de Rajab Shaaban.

Le gouvernement britannique accordait l’asile à tous ceux qui faisaient valoir que leur vie était en danger.

Sur les conseils d’un ami, il dit ne pas parler anglais. Rachel, conseillère juridique auprès de l’organisation des réfugiés, sollicite l’aide de Latif Mahmud, spécialiste à l’Université de Londres. Latif n’est autre que le fils de Rajab Shaaban.
Finalement rassuré par Rachel qu’il compare à sa fille, Saleh finit par parler anglais, repoussant ainsi sa rencontre avec son compatriote.

Deux voix qui se rejoignent

Abdulrazak Gurnah construit son roman patiemment. C’est un coffret contenant de l’ud-al-qamari, confisqué à l’aéroport de Gatwik qui pose les bases de la rencontre de Saleh Omar et de Rajab Shaaban sur l’île au large des côtes tanzaniennes. Alors que Saleh tente de garder sa dignité dans les refuges et maisons d’accueil anglais, il se souvient de cet étrange marchand venu d’Orient qui logeait épisodiquement chez les Shaaban.
Dans une seconde partie, nous découvrons Ismaïl Shaaban parti en Allemagne de l’est pour ses études, grâce au rapprochement de Zanzibar avec le socialisme. Ainsi il fuit le souvenir d’un frère disparu et les rivalités grandissantes de ses parents. Désormais il s’appellera Latif. Il se retrouve dans une école près de Dresde avec d’autres étudiants africains. De là, il rend visite à Jan, son correspondant et sa mère issue d’une ancienne famille de colons au Kenya. Il aidera Jan à quitter la RDA et demandera ensuite l’asile en Angleterre.

Une rencontre libératrice

Saleh et Latif finiront pas se rencontrer dans cette petite ville près de la mer où le vieil homme a trouvé un logement grâce à Rachel. Latif est curieux de comprendre pourquoi cet homme porte le nom de son père. Et Saleh éprouve le besoin de raconter à ce fils perdu ce qui a causé la rivalité avec sa famille.

Savoir ce qui est arrivé pour comprendre où nous en sommes.

Saleh explique alors comment son activité florissante de marchands de meubles puis les règles d’héritage selon la loi de Dieu ont ruiné sa vie. L’homme a passé onze années en prison suite à l’acharnement de la famille Shaaban.

Entre voix d’Afrique et influence anglaise

Saleh a fait des études à l’université de Kampala. Il avait une réelle fascination pour les Britanniques. Leur enseignement était une porte ouverte sur le monde. Admiration ou soumission.

C’était comme s’ils nous remodelaient d’une façon qui ne nous laissait d’autre issue que de l’accepter, tant était juste et précis le tableau qu’ils brossaient de nous. Je ne pense pas qu’ils aient montré en cela du cynisme, car à mon sens ils croyaient eux aussi à cette vérité…Les épisodes que nous connaissions de notre histoire avant qu’ils ne nous prennent en charge semblaient relever du Moyen Âge et de la fantaisie, des mythes sacrés et secrets, des métaphores liturgiques et des rites d’initiation, un savoir qui entrait dans une toute autre catégorie que la leur et qui, malgré la force de nos pratiques, ne pouvait rivaliser.

Beaucoup ont ensuite reproché à Saleh de trop commercé avec les Britanniques.
Souvent il fait référence à Bartleby, ce héros de Melville, symbole de la résistance passive.

J’adore l’impavide autorité de cet homme vaincu, la noblesse de sa vaine existence.

Il me semble que cette influence anglaise se ressent de manière importante dans ce roman. L’auteur évoque peu les rites africains. Seules les règles musulmanes prennent ici de l’importance.

Avez-vous remarqué comme l’histoire de l’islam est liée aux querelles de famille?

Pour la mère de Jan, la vie en RDA est bien plus inquiétante que la douce liberté d’une vie au soleil près de la mer à Zanzibar.

Prix Nobel de Littérature 2021

Abdulrazak Gurnah, écrivain d’origine tanzanienne installé en Angleterre, vient de recevoir le Prix Nobel de Littérature. Dans un style plutôt classique, il aborde le colonialisme et l’exil en toile de fond des vies de ses compatriotes.

 

 

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

9 novembre 2021 à 20 h 09 min

Un roman que j’ai beaucoup aimé pour son déroulement si patient et pour cette histoire qui s’épaissit au fil du temps sans qu’on sache au départ quelle partie du passé sera la la clé du récit de cette rencontre entre les deux hommes. Je ne pense pas que je ferais cette dichotomie entre « rites africains » et « règles musulmanes », les seconds faisant aussi partie, et depuis si longtemps, de l’histoire de l’Afrique!



    10 novembre 2021 à 9 h 47 min

    Oui l’islam fait partie de l’Afrique. Mais par rapport aux autres romans lus en ce mois d’octobre, il est plus présent, structurant ici. Contrairement, par exemple au roman de Chinua Achebe. Mais c’est toute la richesse de l’Afrique.



10 novembre 2021 à 11 h 43 min

ça doit être très intéressant!



12 novembre 2021 à 12 h 55 min

Un auteur que j’ai découvert grâce à ce prix mais que je n’ai pas encore lu.



Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :