Titre : Lettres d’hiver, lettres d’été.
Auteurs : Lucille Dupré et Maaï Youssef
Editeur : Belfond
Nombre de pages : 334
Date de parution : 16 février 2023

 

Territoire épistolaire autour de la maternité

Lucille Dupré et Maaï Youssef se connaissent depuis une dizaine d’années. Lucille, installée sur l’île de Porquerolles avec sa famille a deux enfants de quatre ans et neuf mois. En dépression post-partum, elle cherche du temps pour elle, pour écrire. Mais son amour viscéral pour ses enfants ne cesse de l’entraver et de la culpabiliser. Maaï Youssef, journaliste franco-égyptienne, vient de vivre deux fausses-couche. En résidence d’écriture à La Ciotat, elle tente de juguler son deuil périnéal.

La maternité est le moment où on est rattrapées, en tant que femmes et personnes minorisées, par tout un système, une organisation sociale, des croyances qui nous sont absolument défavorables. On ne peut plus oublier ou nier qu’on est une femme.

Les deux femmes s’écrivent à un rythme établi. Elles se confient, s’épaulent dans une forme d’échange épistolaire qui respecte l’écoute, l’émotion à chaud et suscite l’entraînement.

Un matrimoine

Lucille a perdu sa mère à l’âge de vingt ans. Maaï est issue d’une double culture. Toutes deux se cherchent des mères électives. Elles ont besoin de trouver leur ancrage et de progresser en s’inspirant de femmes inspirantes. Et elles sont nombreuses à enrichir ce roman. Joan Didion, Annie Ernaux, Déborah Lévy, Anne Dufourmantelle, Julia Kerninon, Maggie Nelson, Fiona Schmidt, Amandine Dhée, Rachel Cusk…Chacune vient amorcer et enrichir une discussion sur la maternité, le deuil, la fuite, la liberté, le désir.
Ce livre devient leur territoire enrichi d’un matrimoine qui les aide à trouver un chemin, une rédemption par l’écriture.

Ouvrir les portes

L’échange épistolaire permet une libre expression, une écoute mutuelle, un entraînement vers de multiples sujets. Chacune livre ses secrets, ses peurs, ses désirs. Leur situation opposée permet d’ouvrir le débat entre maternité ou non-maternité. Ou vers d’autres formes de famille, loin du modèle patriarcal. J’ai aimé que Maaï Youssef ouvre les portes vers de multiples sujets. Qu’elle ose parler du viol, du deuil périnéal.

Ouvrir les portes de ses expériences intimes pour que les autres puissent y trouver un refuge, un socle qui les accompagne dans leur vie à eux.

Loin de tout jugement, ce livre est une richesse pour tous ceux et celles qui se posent des questions sur leur féminité, sur la maternité, sur leur liberté vis à vis de ces deux thèmes. Et cette phrase de Fiona Schmidt est un bel exemple.

Je suis atterrée qu’aujourd’hui encore des femmes de tous les milieux sociaux ne sachent pas qu’on peut choisir de ne pas être mère, et que ce choix peut être infiniment heureux et épanouissant.

J’ai beaucoup aimé cette lecture qui parle sans jugement, sans tabous des envies, des fissures, des combats des femmes qui doivent avoir le choix de vivre leur féminité sans diktats et sans culpabilité.

Auteur

contact@surlaroutedejostein.fr

Commentaires

24 mai 2023 à 10 h 42 min

Quelle belle idée de convoquer toutes ces femmes de lettres pour parler de (non) maternité !



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